Guitare, Prise de Son de J. Gilberto

Les bases du studio d'enregistrement maison. La prise de son d'une guitare classique. Le matériel et les logiciels.
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Julinho77
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Guitare, Prise de Son de J. Gilberto

Message par Julinho77 » mer. 30 octobre 2013, 12:16

Bonjour,
sur le forum "Toutes les musiques du Brésil", nous avons eu le témoignage d'un ingénieur du son qui a travaillé avec João Gilberto.
Je me permet de vous livrer son témoignage ici car ça peut en intéresser plus d'un ! :D

Len-kinap a écrit :João Gilberto joue (enfin jouait encore en 2008) sur une série de Di Giorgio Tarrèga modèles allant de 69 à 80. Il en avait 5 au total, une à laquelle il était particulièrement attaché avec les mécaniques nacrées encerclées de laiton doré. La tête était sans gravures, simplement avec un insert filet blanc. Cette guitare a eu un accident et la tête a été fracturée en 1982. Le son est très facilement reconnaissable, elle a un résonateur très profond. La réparation faite chez Di Giorgio n'a pas tenu , on la voit sur le TV Cultura de 83 ( j'ai ses photos au moment où je l'ai eu). Elle a été refaite depuis par un luthier, mais c'est un nid à fractures. L'autre que je possède date de 1975 et tient mieux sous nos climats.

Il en possède 4 autres qu'il joue, un peu plus tardives avec des mécaniques plus modernes et quelques différences de bois. Elles furent utilisées à partir de 85 pour le concert de Madrid et il est toujours accompagné de DEUX guitares. Leur plus gros problème est la très mauvaise tenue à la chaleur et elles (au moins deux) se désaccordent très facilement. Elles varient aussi avec la profondeur du résonateur et c'est selon le son qu'il veut obtenir. Une est réservée au studio. Pour les concerts japonais, il a fait une date partiellement avec une Master.

Il a toujours joué sur des La Bella 850 black. Le son est maintenant repris soit par un couple  AKG 414-II et un AKG très directif, la voix est toujours sur AKG 414-II. Son ingénieur du son japonais a simplifié et c'est depuis 2 AKG 414-II

Ce que Di Giorgio appelle Tarrèga n'a plus rien à voir. Le résonateur est beaucoup moins élaboré, les bois sont industriels et la tête est sculptée (à la machine, finie à la main).

Voici la tête de son modèle 1969, faite par Reinaldo di Giorgio, refaite:

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Sa carte interne
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La seconde guitare dans son étui (cordes La Bella 850 pas black):

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Enfin le fameux résonateur fait sur commande en 2004 par l'atelier"à façon" de Di Giorgio
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C'est le premier modèle qu'à eu João en Tarrèga (en fait une série prototype, la bouche n'a pas le même ovale).  João a utilisé la Tarrèga qu'après 1980 et de nombreuses modifications du résonateur. Je connais João depuis de très nombreuses années (avant son retour au Brésil) et cette guitare était selon lui irréparable. Il me l'a simplement offerte à Madrid au moment d'un concert que je sonorisais. La touche était défoncée, la tête était mal réparée, etc...

L'autre, plus récente, est une commande spéciale faite pour moi auprès de l'ancien atelier  de la rue des Volontaires de la Patrie à São Paulo et peu avant le décès de Reinaldo di Giorgio.

Après, son fils (Reinaldo Di Giorgio Junior) a construit l'usine. Ils avaient encore un très bon stock de bois brésiliens, séchés naturellement. Depuis, beaucoup sont interdits et ce qui reste est séché au four. Ce qui fait que es Di Giorgio actuelles sont des guitares industrielles "correctes" mais sans plus.

Un brésilien "emprunteur" en vend une (en m'ayant piqué la photo de l’étiquette de la mienne que je lui avais confié) au pédigrée très douteux. Je crois que même les potentiels acheteurs doutent. Ce  qui est exact, c'est que c'est bien un prototype et que c'est ainsi noté sans une étiquette imprimée spécifiquement. Le résonateur, comme pour les Maccaferri-Selmer, avait parfois plus d'inconvénients que d'avantages. Di Giorgio n'a réellement commercialisé la Tarrèga qu'en 1979.

Rechercher "violo-di-giorgio-tarrega-legitimo-autografado-_JM"

Pas loin de 30.000 € et il y a du travail dessus. Et je doute franchement très fort de son pédigrée réel. Une Tarrèga "artisanale" vaut entre 3 et 5.000 € selon son état. Et le travail n'est pas toujours très soigné ...

Si vous regardez le clip enrgistré à Rome en 1983 (Tim Tim Por Tim Tim), la réparation de la facture de la tête est plus que visible.

Si cela intéresse quelques personnes, je peux vous expliquer un peu l'évolution du choix des guitares (et de leur prise de son) de João Gilberto. Cela va avec la voix. Le personnage est décrit comme très loufoque, il peut l'être. Il est devenu surtout extrêmement exigeant dans ses demandes techniques et ses conditions de concert. Il considère à juste titre que son spectacle est minimaliste et ne tolère pas la moindre imperfection. Si cela était le cas, ce serait amplifié par la quasi nudité de son plateau (depuis qu'il a viré à juste raison les cordes dégoulinantes de Klaus Ogerman).

A ses débuts, João jouait sur toute guitare qui lui tombait sous la main. La fameuse session du Bon Gourmet a été faite avec une guitare d'emprunt. Très vite, il a lié un partenariat -y compris commercial à l'époque - avec le luthier Di Giorgio. Il n'a jamais demandé de  guitares très spécifiques, sauf la largeur de manche. Jusqu'en 1980, il a joué sur le haut de gamme de Di Giorgio (équivalent à la Master ou Author, mais avec des bois de résonance 100% brésiliens). Les finitions étaient faites à la demande du client, la fameuse signature de tête sculptée était en option.

A son retour définitif au Brésil en 1978, il a repris contact avec Di Giorgio qui lui a fait découvrir la Tarrèga. João en avait reçu une depuis des années qui avait servi sur quelques prises de l'album blanc, non retenues.Cette guitare était surtout faite pour le style espagnol et João voulait l'adapter à sa couleur bossa. En fait, Di Giorgio avait une guitare acoustique qui sonnait "puissante" sans amplification. João a contourné cet effet de puissance pour donner un moelleux au médium (surtout au bas médium) très caractéristique en jouant sur la forme et la longueur du résonateur. Ce n'est qu'un simple "tuyau" en bois fin qui prolonge la bouche ovale (réduite). Il n'a jamais plus voulu être un artiste "Di Giorgio" considérant que la production vendue n'était pas celle à laquelle il avait accès.

Le basculement réel à ce modèle remonte au spectacle TV  "João Gilberto Prado Pereira de Oliveira" (1980) où c'est la dernière apparition des classiques. La Tarrèga était déjà à cote de lui. L'ingénieur du son l'avait dissuadé de l'utiliser par peur de larsen. A partir de 1982-83, elle sera systématiquement sa guitare de scène, avec parfois de nombreux problèmes. C'est là qu'il décide de transposer le studio à la scène et de ne presque plus utiliser que des micros de studio comme pour le show TV Cultura de 1983, Montreux 1985 suivi de Madrid 1985. Avec des désavantages esthétiques des Neumann très volumineux.

C'est là que sa route croisera celle d'AKG et que la formule définitive sera adoptée. Il aura depuis cette fameuse formule double AKG 414 (voix et guitare) et il fera un scandale, allant jusqu’à refuser de jouer, si sa fiche technique n'était pas respectée.

On dit João caractériel, il y a parfois de quoi (souvenir d'un concert à Barcelone en 2000 ou rien n'allait). Ce choix de guitares lui impose certaines limites liées à la chaleur dégagée par les projecteurs. Elle perdent très facilement l'accord et durablement. On peut ré-accorder, dix secondes après l’accordage part en vrille (ex concert de Buenos Aires avec Caetano Veloso en 2000). Ce qui explique que parfois il fait presque couper les lumières et qu'il se fait huer.

Le choix de micros est idéal pour le détail et la nuance vocale et instrumentale. C'est aussi un système qui attrape tous les bruits ambiants. Ce qui explique ses demandes assez fréquentes de couper la climatisation et quelques accrochages avec un certain public..

Mes dernières sonorisations avec lui furent à l'Olympia 2x2 dates en 2001 et 2003. Des concerts parfaits, un homme de très bonne humeur et une ambiance hypnotique. Je l'ai revu comme spectateur  "ami" dans ses dernières dates au Brésil et la forme était en nette baisse. Voix très hésitante et un jeu moins assuré. Ce qui a été confirmé par la sortie de l'album Japon, de même facture.

Une tournée avec un escroc a avorté sur 2011-2012, il semble que sa compagne Claudia Faissol  se relance dans l'aventure. Il dit avoir de nouveaux titres à présenter et son dos est notablement en meilleure forme. On peut donc espérer le revoir, dans une forme plus correcte qu'au Japon, courant 2014.

Je déplore qu'il pratique des tarifs prohibitifs qui peuvent aller jusqu'à 150 € pour un système guitare-voix. Si vous le pouvez et que tout se passe bien avec l'organisateur, ne le manquez surtout pas. En dix minutes, il vous propulse au Brésil et transforme la grisaille parisienne en un Salvador de Bahia. Son récital dure environ 2H-2H15 et il n'y a pas le moindre ennui tellement c'est bien construit. Et contrairement à cette légende tenace, c'est une personne charmante et qui peut être très drôle avec le public. Il demande simplement qu'on le respecte et qu'on lui donne les moyens de faire ce qu'il sait faire.

C'est tout, mais mon témoignage "un  peu de l'intérieur" peut aider à trier la légende urbaine du vrai. Une anecdote: chaque pays dans lequel il passe, un luthier de renom lui offre un guitare "faite en pensant à lui". Qu'il accepte, mais qu'il n'utilise jamais ou presque. Ex: pour cette pub en playback sur une guitare venant de la Rue de Rome à Paris (comercial vale do Rio Doce 2008) , mais garantie enregistrée sur une Tarrèga...
8)
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Re: Guitare, Prise de Son de J. Gilberto

Message par Jean-Pierre Salaün » mer. 30 octobre 2013, 17:24

Merci Julinho77 pour ce témoignage fort intéressant.
https://www.youtube.com/user/jpsalaun

Guitare Antonio Marin 2010, cordes Savarez Cantiga creation
Guitare Masaru Kohno 1980, cordes Savarez Cantiga creation
Guitare Alhambra 10P 2004, cordes Savarez Cantiga creation

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Re: Guitare, Prise de Son de J. Gilberto

Message par alex klioutchnikov » mer. 30 octobre 2013, 17:45

Un grand merci, très instructif. manque plus que 150euros et un billet au Japon en 2014

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Re: Guitare, Prise de Son de J. Gilberto

Message par Julinho77 » mer. 30 octobre 2013, 21:04

La suite ! :D
Len-kinap a écrit :Bonsoir,

Il demande des manches vers 52 (52,5 exactement) et un profil en D semi-rond de 25. Après sa hauteur de corde et tout ça, j'ai conservé le sillet d'origine (en ivoire) et les même type de corde. Sauf qu'il m'arrive de monter des 850 cristal dessus, mais c'est rare. Je vais dire dans la moyenne de ce qui est vendu, cette guitare n'a rien d'extraordinaire. Je peux mesurer, je ne pense pas que ça fasse avancer. Ce n'est pas un modèle de confort en jeu par rapport à certaine japonaises et elle demande une habitude. Le son reste inimitable.

Je sais qu'il a abaissé un peu ses cordes depuis ses problèmes carpiens et ça expliques de fréquents loupés (ex Louco ). La guitare devient très sensible à la position de jeu.

Le résonateur est une bande de palissandre ovale en entonnoir très-très ouvert (presque un tuyau) qui prolonge la bouche. Jadis on pouvait le faire personnaliser au son que l'on voulait obtenir. Sur celle qui vient de João c'est une  bande de 28mm, avec deux ouvertures qui sont orientées vers le fond de la guitare. Sur la mienne, commandée à São Paulo, le résonateur est un peu moins haut (25mm), n'a pas de trous et le cône est un peu plus prononcé.. Je pense que la nature du bois de la table peut donner des différences.

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En prise de son, ce résonateur peut vite devenir une catastrophe. Quand João a voulu passer en micros statiques, le Neumann le gênait car trop volumineux et il y avait souvent du larsen. Il voulait aussi un micro hyper directif supplémentaire pour reprendre le bruit des ongles sur les cordes. Ce schéma a été conservé avec les AKG 414. Depuis 2000 et surtout à l'Olympia,  le choix du dernier modèle AKG 414 permet de régler une infinité de directivité et cela a permis de retirer un micro sur la guitare. On a aussi des tables numériques qui permettent une EQ très fine. Une balance avec lui, c'est parfois 3H !!!!

Son ingénieur du son actuel (japonais) a repris, mais il souhaite limiter au minimum l'emploi d'effets. Je ne partage pas car la voix n'est plus tout à  fait ce qu'elle était et la dose de réverbération que nous injections donnait de l'air. Il est vrai qu'au Brésil, certains ingés son forçaient la dose. Et pas qu'un peu !
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Re: Guitare, Prise de Son de J. Gilberto

Message par Julinho77 » lun. 04 novembre 2013, 14:03

Suite :
Len-kinap a écrit :Je termine, à moins que des gens souhaitent plus de détails. La guitare n'est que l'un des éléments de ce qu'est João Gilberto. Il  est certain que son niveau d'instrumentiste, je le considère comme le meilleur guitariste de bossa et de samba, doit un peu à cet instrument qui lui correspond.  Jusque dans son comportement loufoque, la guitare l'est. A titre personnel, elle s'est brutalement désaccordée  au Studio Raspail il y a peu, alors que je la laisse sur scène accordée à la bonne température 30 minutes avant.

João a un Art que peu de gens qui prétendent jouer de la  bossa ont, celui du pré et du post phrasé poussé très loin. Parfois trop, il ne retombe pas sur ses pattes.

Ne pas penser que cet instrument et une bonne technique vous feront sonner  comme lui. Je connais certains de ses trucs et j'avais obtenu de João qu'un ami aille le filmer en gros plan à Barcelone sur les mains droite et gauche d'accord. Il a un raccord cerveau-mains très particulier et on ne peut que s'en approcher. J'ai plus de 50 ans de bossa (et de jazz en amplifié) et je ne peux que ne pas être trop ridicule dans un format voix -guitare.

La plus mauvaise solution dans le choix d'un instrument sont les Godin ou proches. Cela pue le son artificiel, pas celui du meuble. Un conseil d'homme de son: bannissez tous les micros embarqués (même les meilleurs) et revenez aux micros externes en étudiant bien leur choix. Le choix d'un instrument, je vais citer un exemple très stupide: j'ai donc ces deux Tarrèga, une Favino faite à partir de bois brésiliens par Jacques et une Hohner HC6. Cette dernière est théoriquement une m**** industrielle. Mais en industriel, on croise le meilleur comme le pire. J'ai acheté cette guitare en brocante en sonnant juste la table. J'ai monté des mécaniques dignes et j'ai ajusté/changé le sillet (ivoire de récupération) et le cordier  (idem) pour avoir ma hauteur. Le choix des cordes s'est fait sur 5-6 essais et ce sont des Savarez 540R Alliance qui me vont. Mes traditionnelles La Bella 850 donnent un son atroce.

De même que ce n'est pas l'instrument qui fait l'instrumentiste, la marque non plus, idem pour la référence à une personne appréciée, c'est l'équation entre vous et votre instrument et son usage qui est primordiale. J'ai par principe de ne jamais répondre aux question du genre "quelle guitare pour moi dans la bossa ou autre". Je dis toujours essayez, comparez et n'écartez rien par principe. Je parle de guitares de facture classique. On a parfois de magnifiques surprises qui ne passent pas par une CB de 10.000 €.

Salvador a joué sur une Morris Folk à 500F pendant de très longues années et qui sonnait magnifiquement.

J'avais proposé à João de se laisser filmer sur un concert à Barcelone par un fan. Il balaye quelques titres importants et ils sont sur YouTube (compte "mbbspbr" et critère de recherche "João Gilberto Barcelona"). Je ne peux pas publier le lien direct, je n'ai pas les droits administrateur. Ce concert reste l'un des pires que j'ai fait avec lui en son car rien n'était conforme et pour ne rien arranger - il avait de gros pépins de voix et une mauvaise position de jeu.
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Romaric Holler

Re: Guitare, Prise de Son de J. Gilberto

Message par Romaric Holler » mar. 05 novembre 2013, 14:17

C'est vraiment très très intéressant comme témoignage.

Dommage que certains passages sont vites traduits, cela donne quelques ambiguïtés. Par exemple: 150Euros c'est le prix d'une place de concert pour le voir ? On pourrait penser que c'est le montant de son cachet. Enfin au moins, on comprend l'essentiel !

Ce qui me semble plus qu'appréciable dans ce témoignage, ce sont les propos qui dévoilent l'intimité du musicien, son rapport à la scène, aux instruments etc...

La dernière partie sur la guitare industrielle, j'adore !

Merci beaucoup !

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Re: Guitare, Prise de Son de J. Gilberto

Message par Julinho77 » mar. 05 novembre 2013, 14:25

L'intégralité est sur le lien que j'ai donné en 1ere page. Je n'ai mis ici que ce qui était censé intéresser les gens du forum.
Mais tu peux t'inscrire et lui poser des questions si tu veux plus d''informations, il est présent et répond assez vite ! ;)
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LenKinap

Re: Guitare, Prise de Son de J. Gilberto

Message par LenKinap » sam. 16 novembre 2013, 21:15

Bonsoir,

Je vais répondre ayant été cité dans le contexte d'un autre forum. João joue bien sur Di Girogio Tarrèga modèle "Especial'. Il en a une qui va lui être livrée sous peu. L'instrument a son importance, mais ses premiers albums furent gravés avec des guitares d'emprunt. C'est de là qu'est né le son brésilien , principalement par les très vieux palissandre de Rio interdis depuis. Et le renom de Rinaldo Di Giorgio. Son fils a industrialisé la fabrication dans une usine, utilise des bois mélangés et séchés artificiellement. Ce sont des guitares industrielles à 300-500 €

Di Giorgio fait encore des guitares à façon avec ses vieux luthiers. Il a lancé une série de 5 Tarrèga avec leur stock de bois ancien. De R$ 900 en version industrielle, ma nouvelle Tarrèga (et celle de João) valent R $ 5000.
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Industrielle
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Atelier des commandes spéciales

La technique de prise de son est un des dadas de João qui a massacré des concerts. Il n'utilise plus de sections de cordes et la scène se résume à voix-guitare. En studio, il a planté son dernier album à cause d'un ingénieur de son qui lui avait collé sur la voix et la guitare un Neumann U47. Cela se résume en un couple d'AKG 414 XL II (si c'est Tishihiko Usami aux commandes) ou avec moi un couple de 414 XL II + AKG C 451 B. L'apport du micro 451 est pour avoir un fin dosage du bruit de toucher des cordes. Je dois dire que depuis qu'il exige le 414 XL II, on retire en général le troisième micro.

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Le reste ayant été repris sur l’article de fond que j'avais fait. Il est très regardant sur l'EQ, utilise pour la guitare une mini dose de compresseur Avalon et peu de réverbération guitare. La voix utilise une Lexicon. Le plus souvent QUATRE retours pour "faire sa bulle".

Je dois dire que cet homme a très mauvaise réputation et que c'est totalement injustifié. C'est une personne charmante qui ne demande que d'avoir de parfaites conditions de travail (la fiche technique fait une page), les CGS un peu plus pour ne pas avoir une climatisation bruyante et un public respectueux. Il en va de même avec les organisateurs/tourneurs qui l'ont parfois passablement arnaqué (souvenir ému de Barcelone en 2000). La fiche technique est d'une rare concision car il vient avec son technicien et souvent ce dernier vient avec la table et les effets. Les micros statiques supportent mal les voyages en soute et ils sont à fournir par l'organisateur. Pas toujours et il a failli planter un concert aux USA à cause du micro. Les gens ne doivent pas savoir lire ...

Ce forum est le classique. La Tarrèga est une guitare à résonateur initialement faite pour le classique. Ce dispositif reprend les travaux de Mario Maccaferri sur les guitares à corde boyau. João l'a faite adapter pour la bossa mais le résonateur peut être fait pour une émission puissante en répertoire classique (non amplifié). Ce peut être une extraordinaire guitare pour le style hispanique, je doute un peu plus pour Bach. Et encore, j'ai joué dessus certaines transcriptions de la suite pour luth et ça sonnait très bien.

Pour les place, le scandale vient d'un tourneur escroc et je vous laisse juger:

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Ma dernière collaboration en Europe avec lui (je devais faite l'Espagne avortée pour u problème de santé), les places en 1ère catégorie étaient à 150-200 € !!!! Je pense que nous allons avoir la chance de le revoir en 2014.
Dernière édition par LenKinap le dim. 17 novembre 2013, 13:55, édité 1 fois.

LenKinap

Re: Guitare, Prise de Son de J. Gilberto

Message par LenKinap » sam. 16 novembre 2013, 22:18

Sur l'enregistrement d'une guitare classique, il n'y a pas de règle absolue. Le mieux est de faire plusieurs essais avec un ou un couple de micros et de choisir son angle (couple). J'en fais et j'utilise soit des Neumann à capsule large ou des AKG 41 XL II parfois couplés à un 451. Chaque instrument a sa puissance d'émission, sa directivité plus ou moins ouverte, ses harmoniques et on ne peut pas répondre c'est ça et point !

Je conseille e revanche de proscrire tous les systèmes embarqués ou même DPA qui retirent entre 60 et 90% du son du meuble. C'est le post-traitement (ou mastering) de l’enregistrement qui permet ensuite de placer la bonne ou les bonnes couleurs. Je conseille de faire la prise la plus neutre possible. Ensuite, faire une EQ très soignée tout d'abord. Il y a des flopées de bouquins de recettes pour donner des courbes de paragraphiques, de paramétriques ou d'EQ a FFT. Je crois que c'est votre oreille qui vous guide et il faut faire l'écoute sur des moniteurs très discriminants. La réverbération peut être utile, mais uniquement pour corriger un local un peu sec. Donc c'est petit effet et petites doses.

Certains logiciels ont un Room simulators et on peut sur un piste "propre" arriver - presque- à des studios pointus comme Abbey Road, Ferber, LA 440. Je dis bien presque ... La querelle analogique-numérique est une vaste plaisanterie. L'analogique n'a de sens que si l'on va de la source à la reproduction en pur analogique. Le numérique a de sacrés merdes (Yamaha par ex et son son métallique). Ce n'est pas une question de prix. Deux choses sont indispensables en numérique:
- une convertisseur AD-DA de toute première qualité
- chaque voie doit avoir un préamplificateur en classe A
Pour usage amateur, Presonus fait de petites box de 2 à 8 voies qui valent presque rien, mais de bonne qualité (USB 2.0 ou Firewire). Pour mon activité de son, je suis aussi Presonus (scène et mini studio) ou SoudCraft Vi (studio). La Presonus Studio Live est la console sans gadget inutile, mais juste avec ce qu'il faut pour faire - sans acheter des cartes en plus - un son de très haute qualité. Après avoir eu une 24.4.2, j'ai en essai la 32.4.2 AI qui la surpasse en terme de raccordement et de communication. C'est sympa d'enregistrer un live en multi-piste juste avec un PC en FireWire et de faire le master ensuite, non ? Behringer a sorti un nouvelle table sympa, mais trop optionnée pour moi.

candelito

Re: Guitare, Prise de Son de J. Gilberto

Message par candelito » ven. 22 novembre 2013, 18:59

Merci , c'est très bien documenté !

mestre

Re: Guitare, Prise de Son de J. Gilberto

Message par mestre » mar. 14 janvier 2014, 18:43

bonjour Julinho j'ai lu votre documentation sur Joao et j'ai beaucoup aimé
je suis a la recherche d'une Di giorgio assez ancienne qui sonne bien bossa , avec un son doux et des basses profondes car je joue cette musique depuis longtemps et j'ai eu le privilege de rencontrer Joao lors d'un concert a Torino en italie . auriez vous un avis a me donner ou trouver cette guitare ? d'avance merci
jean-yves

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Re: Guitare, Prise de Son de J. Gilberto

Message par Julinho77 » mer. 15 janvier 2014, 13:47

Aiaiai, je pouvais vous avoir une Tarrega par Len-Kinap il y a 1 mois, trop tard, elle est réservée. Celles vendues aujourd'hui sont des modèles d'usine pas tip-top, apparemment... celle-ci venait de l'atelier de lutherie.

Je n'ai jamais essayé de Di Giorgio donc je me garderai bien de vous conseiller tel ou tel modèle. La Tarrega possédant un résonateur, elle ne laisse apparemment pas le droit à l'erreur mais, parait-il, le son est bluffant. Baden Powell utilisait une Author 3, mais c'est pareil, aujourd'hui, c'est fabriqué en usine. Je ne sais pas jusqu'à quelle année il faut remonter pour avoir une guitare potable. Et la différence d'hygrométrie entre le brésil et la France fait que le bois peut partir en vrille.

Désolé, mais je ne peux pas plus vous aider... si jamais on me re-propose une Di Giorgio, je vous contacterai.
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mestre

Re: Guitare, Prise de Son de J. Gilberto

Message par mestre » mer. 15 janvier 2014, 14:42

merci c'est gentil de m'avoir repondu
qu'appellez vous resonateur et a quoi cela sert ? peut on en mettre un sur une guitare et comment le trouver et l'installer pour changer le son ? obtient -pn plus de basses ? desolé pour toutes ces questions ...
cordialement , jean-yves mestre

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Re: Guitare, Prise de Son de J. Gilberto

Message par Julinho77 » mer. 15 janvier 2014, 15:11

Sur la 4ème photo, on peut voir ce résonateur....
Len-Kinap (sur un autre forum) a écrit :Le résonateur est une bande de palissandre ovale en entonnoir très-très ouvert (presque un tuyau) qui prolonge la bouche. Jadis on pouvait le faire personnaliser au son que l'on voulait obtenir. Sur celle qui vient de João c'est une bande de 28mm, avec deux ouvertures qui sont orientées vers le fond de la guitare. Sur la mienne, commandée à São Paulo, le résonateur est un peu moins haut (25mm), n'a pas de trous et le cône est un peu plus prononcé.. Je pense que la nature du bois de la table peut donner des différences.

...En bossa pure, je reconnais que la Tarrèga a mes faveurs, mais c'est un instrument qui demande de revoir TOTALEMENT son jeu de main droite (pour les droitiers) à cause du résonateur.

...A son retour définitif au Brésil en 1978, il a repris contact avec Di Giorgio qui lui a fait découvrir la Tarrèga. João en avait reçu une depuis des années qui avait servi sur quelques prises de l'album blanc, non retenues.Cette guitare était surtout faite pour le style espagnol et João voulait l'adapter à sa couleur bossa. En fait, Di Giorgio avait une guitare acoustique qui sonnait "puissante" sans amplification. João a contourné cet effet de puissance pour donner un moelleux au médium (surtout au bas médium) très caractéristique en jouant sur la forme et la longueur du résonateur. Ce n'est qu'un simple "tuyau" en bois fin qui prolonge la bouche ovale (réduite). Il n'a jamais plus voulu être un artiste "Di Giorgio" considérant que la production vendue n'était pas celle à laquelle il avait accès.

...C'est une simplification des travaux de Mario Maccaferri qui, avant de faire des guitares de jazz "manouche", avait fait son prototype sur des cordes boyau.

...C'était pour donner de la puissance à l'époque où l'amplification n'existait presque pas. Au milieu des années 30, le guitariste solo était amplifié et Django a d'abord retiré son résonateur et a opté pour le modèle à bouche ovale. Son frère Ninin qui faisait la pompe a très longtemps utilisé une Maccaferri avec résonateur.

Dans les années 60 à 80, on est revenu aux résonateurs pour avoir des caractéristiques sonores différentes sur le médium. Di Giorgio avec sa Tarrèga nylon et ses différentes versions (classiques et bossa) et Ibanez-Maccaferri sur du jazz. A part des commandes spéciale (Bill moll, Dupont,ect..), il ne reste plus que Di Giorgio qui utilise ce type d'astuce.

La prise de son n'est pas plus compliquée maintenant. Elle l'était avant car il y avait des phénomènes de boucles sonores entre le micro et le résonateur. Depuis que nous avons de superbes EQ sur le tables ou en séparé, il est devenu rare d'accrocher.

Par contre, adapter "comme ça" un résonateur ne marche pas. Sur les Selmer bouche en D, le retrait du résonateur demandait une modification du barrage. A contrario, monter sur une Master ou un modèle commémoratif Di Giorgio un résonateur demande un changement radical du barrage. Le rôle même de la bouche ovale et sa taille n'est pas neutre.

Sur les deux modèles possédés, la plus ancienne (celle ex-João) a un barrage spécial avec une lamelle de plus. Le luthier qui a fait sa résurrection m'a dit que certains guitaristes brésiliens "classiques" avait un barrage très différent. La seconde qui est un modèle pré-industriel a un barrage qui est le même que celui utilisé dans les guitares actuelles. Seul le bois a changé et la table d'harmonie. Pour la prmière, c'est sans compter sur les 5-6 réparations de fracture de table.

Si Di-Giorgio n'importe plus en France (il l'a fait très longtemps en 70-80), c'est que les bois ne tiennent pas sous nos climats. Il faut prendre des précaution de stockage avec un humidificateur dans l'étui pour limiter les casses.
Di Giorgio Tarrega 1969
Höfner HZ-28
Almansa Señorita 401 7/8
Zoom H4n
Yamaha Guitalélé GL-1

mestre

Re: Guitare, Prise de Son de J. Gilberto

Message par mestre » jeu. 16 janvier 2014, 11:42

ok , merci pour la réponse
tenez moi au courant si vous entendez parler d'une bonne di giorgio faite pour la bossa-nova
amicalement , Jean-Yves

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