Jean-Noël Rohé, la ligne bleue

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valère
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Jean-Noël Rohé, la ligne bleue

Messagepar valère » mar. 12 juin 2012, 03:33

Escapade à Strasbourg, et évidemment, halte obligée à l'atelier de Jean-Noël Rohé.

En plein cœur de la vieille vielle, derrière le porche somptueux d'une bâtisse de conte, on n'est pas certain de ne pas changer de siècle.
Mais dès que Jean-Noël nous introduit dans son antre, même si "là, tout n'est que luxe, calme et volupté", on comprend à la clarté du lieu,
à la souveraineté des machines-outils et à la passion concentrée du luthier qu'on est bien dans un temps et un défi actuels.

Quelques précisions sur des termes qui prêtent à confusion : le luxe a ici l'austérité d'un espace dédié - âme, esprit, corps, cœur -
à la naissance de la guitare. On entre dans une pensée en acte entièrement tournée vers cet "advenir" de l'instrument en gestation. C'est
d'autant palpable que pas une poussière de bois ne viens ombrer cette matrice abstraite qui vous enserre.

La volupté, elle, éclot dans l'aboutissement du geste créateur, précis, attentif, méticuleux et qui ne sait dissimuler la tendresse et la sensualité
qui s'exprime dans chaque raffinement de l'instrument. Il n'est pas un détail de la guitare qui ne soit tendu de cette volupté d'une grande élégance.

Deux guitares juste achevées s'offre à mon regard. Epicéa et Rio et épicéa et Indien sont les petits noms des jumelles. Le galbe de la caisse
a évolué vers les charmes "années 20" d'une Pascual, qui - au dire de Jean-Noël - apporte plus d'homogénéité au timbre. Egalement, plus de double fond
mais une double éclisse fine qui garde à la guitare toute sa légèreté. Le parfum du cyprès qui double le palissandre nous convie déjà au voyage...

V.

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wchyme
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Re: JEAN-NOËL ROHE, la ligne bleue

Messagepar wchyme » mar. 12 juin 2012, 07:16

Euh zut, Valere, ton message a été coupe... il en manque au moins la moitié!

:mrgreen:

Cyril
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Re: JEAN-NOËL ROHE, la ligne bleue

Messagepar Cyril » mar. 12 juin 2012, 19:12

C'est le propre des bonnes séries ou des bons auteurs que de faire attendre avec impatience l'épisode ou le chapitre suivant . D'autant que là c'est plutôt épisode 1 de 5 ( ?) . On suppute en salivant déjà sur la suite.
guitares:Audirac(s),Delarue,Fouilleul(s),Guillo et les miennes !
ex Audirac(s)Baarslag,Bedikian(s)Boyadjian(s)Dauge,Déséglise,Fouilleul(s),Guillo(s)Green,Lebreton(s)Le Moing(s)Pappalardo,Quinson, Roffler
Futures? Caro Cuvilliez Montassier Penaud,etc

valère
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Re: JEAN-NOËL ROHE, la ligne bleue

Messagepar valère » lun. 18 juin 2012, 06:09

Très chers amis,

moi qui, POUR UNE FOIS, m'étais jeté dans "l'elliptique", le "suggéré", laissant aux points de suspensions le soin de repousser l'horizon sans larder le paysage d'autoroutes, de panneaux lumineux, d'aires de repos, de stations d'asservissement !!!

Au fond, qu'attendez-vous au fond ? Que - encore un coup - je me perde en superlatifs prétendant exalter les qualités ineffables d'un trou sans fond, d'une boîte sans côtés, ou bien la couleur inouïe de la trace d'un vol d'oiseau ?

Voudriez-vous encore me prendre en flagrant délire de soliloque - comme pour les dernières guitares de Dominique Field - vous annonçant la naissance HISTORIQUE de ce qui sera pour toujours LA Field, à égal bouleversement de LA Torrès ou LA Hauser... et ce dans l'amorphisme d'une indifférence condescendante. Voudriez-vous que je suscite encore la fructueuse comparaison avec la YALAMBRUGMIRA Q100P qui sonne aussi mieux pour le prix dix fois moins difficile rien qu'à regarder parce que les luthiers sont des voleurs mais pas tous sauf le mien ?

Je ne suis pas contre. Et sûr que je me laisserai encore aller à ces dérapages d'enthousiasmes coupables. Mais je me demande s'il ne serait pas possible d'être plus "fédérés" dans nos passionnamantes passions pour mieux accompagner ceux qui les rendre tout simplement possibles : les luthiers.

Je sais que ce n'est pas toujours si simple mais que ce n'est pas toujours si compliqué. Pour exemple, Wchyme, n'as-tu pas essayé, du côté de Gégé & Cie, un récent modèle taillé sur celui de la 211 ? Cyril, tu sais que tu es invité permanent pour essayer une Field en jupe plissée. Point encore nez venu ?... Me sentant moins seul,
je vous aurais raconté les nombreuses aventures qui ont suivi mes premières chutes d’oreille dans ces nouvelles nez : 212, 213, 214…

Pour les guitares de Jean-Noël Rohé, les dernières, il faudrait certes que nous nous armions de patience et de filets à papillon pour les attraper au vol, mais.

Je cogite, je cogite. Si mon idée est opérante, je vous en fais part, promis. Que cela ne t’empêche pas, Wchyme, de te placer en planque devant Guitare ça non pour guetter la prochaine. Ou pour qui n’a pas peur de l’eau froide, l’une des deux dernières va bientôt traverser la manche pour rejoindre Milles, avis aux bons nageurs. Cyril, c’est toi le plus près, non ?

Voyez qu’avec un peu d’organisation et une vraie volonté de coopérer, tout devient possible.

Energie courage,
Valère

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Dominique
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Re: JEAN-NOËL ROHE, la ligne bleue

Messagepar Dominique » lun. 18 juin 2012, 09:44

Bravo Valère, que de ressources, de créativité et de poésie.
Moi qui ait essayé une Paulino Bernabé qui m'a enchantée récemment, je serais bien en peine d'en dire le dixième:_(
Continuez à nous faire réver, les lecteurs sont là!
Dernière édition par Dominique le mar. 19 juin 2012, 16:42, édité 1 fois.
Guitare Laurent HUCHARD, épicéa, palissandre Indien
Cantiga+alliances bleues

casteljf
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Re: JEAN-NOËL ROHE, la ligne bleue

Messagepar casteljf » mar. 19 juin 2012, 15:56

cher valère

Surtout ne t'arrêtes pas en si bon chemin et , comme le précise "Dominique" ci-dessus , je serais , moi aussi , bien en peine d'en dire la moitié du cinquième des trois quarts et pourtant celle que j'ai tout récemment pu acheter ( après mes déboires d'antan ) ceci étant à un prix tout doux ( mais ça c'est un secret et un des hasards de la vie avec une belle et lumineuse rencontre ) m'enchante elle aussi !!
amicalement
jean francois

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Re: JEAN-NOËL ROHE, la ligne bleue

Messagepar valère » lun. 23 juillet 2012, 03:49

"Chapeau bas, Messieurs, un Génie !"

Je signale aux jeunes générations qui n'en ont cure que l'expression que je dédie ici à Jean-Noël Rohé n'est pas de moi
mais de Robert Schumann découvrant Chopin... et ainsi SE découvrant devant l'immense talent du jeune pianiste, "bas" ne désignant pas
en cette occurrence "bas sur le front" telle une casquette mais que le grand Schumann salue "bien bas" un Génie avéré, nous exhortant à faire de même.

Voilà ! Je m'étais résolu à passer un été loin du blabla bruyant qui me court entre les deux oreilles... et puis non !
il suffit que je trébuche en plein Paris sur un étui de guitare, qu'au bout de cet étui, une personne qui ressemble fort, très fort,
à "Jean-Noël Rohé qui n'existe pas" m'adresse un sourire digne du Chat du Cheshire, que je comprenne par des battements
de sourcils frénétiques qu'en l'étui gît "SA toute dernière" et me voici pris au piège, fait comme un rat.

Je vais devoir... je sens que je vais devoir...
V.

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Re: JEAN-NOËL ROHE, la ligne bleue

Messagepar valère » mer. 08 août 2012, 19:32

Être loin des ordis ou ne pas être, c'est la question...

Beaucoup ont ici posé interrogations sur le travail de Jean-Noël Rohé. Jouissant du privilège de la ténacité, j'ai vu de mes yeux vu ses trois dernières guitares.
J'ai voulu éviter l'accumulation des superlatifs, ce qui me fût (très gentiment) reproché.
Je peux déjà dire que lorsqu'un (encore) jeune luthier parvient aux alentours de ses n°50 à ce niveau de régularité dans la perfection,
l'on peut effectivement s'incliner, sans affectation, mais avec l'assurance que la grande lutherie n'est pas morte.

Mais que dire de plus qui orienterait les curieux paresseux que vous faites et qui attendent qu'on leur livre à domicile des impressions subjectives
qu'ils pourront alors soupeser avec l'ironie désinvolte d'un esprit avisé autant que satisfait ???

Je vais réfléchir à cette épineuse sollicitation en attendant le passage du prochain ordi.

Je vous souhaite un été musicalement sublime... tel celui que vient de s'offrir l'heureux acquéreur de la petite dernière (n° 54) Rohé.
Valère

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Re: JEAN-NOËL ROHE, la ligne bleue

Messagepar valère » ven. 17 août 2012, 18:18

« Perfection », qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un mot tout juste bon à heurter l’esprit (avisé ou non), un mot qui voudrait nous enfermer dans une idée creuse.

Pardon mais sur le moment, il ne m’en venait pas d’autre éprouvant la très forte cohérence qui se dégageait « naturellement » de la guitare. Etait-ce l’élégance d’un galbe légèrement ramassé dû au gabarit à la Pascual ? l’absolue beauté de l’ensemble rehaussée par un degré de finitions qui allie simplicité et raffinement ? le plaisir immédiat de sentir dans ses bras un instrument avenant qui fond dans la main, pas dans la bouche ? un sentiment de légèreté dans le poids comme dans le son qui rappelle d’un coup qu’en guitare du moins, musique et puissance ne sont pas nécessairement synonymes de tank ? un son, justement, tout aussi congruent dans sa générosité, sa chaleur et son équilibre (j’allais écrire équilibre « parfait » et voyez, je me suis retenu) ?... oui, simplicité et beauté, partout au service de la musique, ajoutés à un plaisir esthétique très sensuel et en rien gratuit cependant.

Bon, vous n’êtes pas plus avancés, mais qu’y puis-je ? Je vous avais prévenus…

Faut-il parler des bois ? Trois guitares, trois bijoux. Table en épicéa et deux palissandre de Rio pour une en Indien. On les veut tout de suite, incapable de choisir. Heureusement, la question ne se posera pas puisque les trois sont déjà retenues. ***

Alors arrive l’épreuve du feu : tout ça pour quoi ?... au service de quoi ?

Que l’on se rassure, si j’ai eu le bonheur de la serrer, d’y mettre les doigts assez pour avoir le malheur de me chanter intérieurement « Tu n’en aura pas… de ce bon tabac… pas pour ton museau vilain… ni aujourd’hui ni mêm’ demain…», il y avait, lors de cet essai de longtemps attendu, un troisième larron, éminent guitariste assez pour que j’aie aussi le bonheur d’ « entendre d’en face » la guitare longuement.

Or, qu’ont donc nos oreilles ouï ????

A suivre… lors du passage du prochain ordi…
Valère

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Re: JEAN-NOËL ROHE, la ligne bleue

Messagepar valère » dim. 26 août 2012, 19:27

Vos clameurs inquiètes, la fièvre de vos yeux rongés par l’insomnie, trop impatients que vous êtes de SAVOIR, puis le débordement de vos messages privés par lesquels vous m’encouragez à continuer coûte que coûte de gravir les pentes de l’indicible (sans vous priver toutefois de l’espoir secret de me voir choir à tout coup), font que je me sens beaucoup moins seul errant, peinant à ouvrir une voie (une voix) sur le versant caché du mystère Rohé. Toutefois, sincèrement, je préfèrerais ici vous imiter le cri de la langouste…

Afin de nous permettre de circonvoluer en équivalences et analogies identifiables et acceptées de tous, il nous faut revenir aux premières considérations à propos de sa labellisation par Guitare Savon International. (viewtopic.php?f=141&t=27929). Rappelez-vous, c’était cette soudaine intronisation qui avait alerté notre bon sens. (J’ai dit alors tout le bien que je pensais de l’action de cette très vénérable institution qui, sous couvert de faire commerce de guitares, promeut généreusement l’art de la lutherie comme jamais personne ne le fit. Je ne reviendrais pas ici sur ce sujet et soyez certain que si j’écorche un peu son nom, c’est uniquement pour que nous échappions à la censure automate et sereins poursuivions notre échange.)

« Comment, mais comment fait-ce qu’un gaillard de luthier dont aucun n’a jamais perçu la queue d’une guitare soit introduit brutalement au pinacle des maquereaux internationaux ? » suspicions-nous !!!
Ainsi s’exprime un certain dépit mâtiné de rage lié au sentiment aussi vague qu’il lève en nous la certitude qu’on nous façonne un monde pas du tout à notre image et que bientôt, nous n’aurons plus d’autres choix que ceux qu’on nous impose et qui par là même n’en sont pas. Si vous trouvez ma phrase trop longue, coupez-là où vous voulez, mais reconnaissez que ça ne changera rien au principe qu’elle énonce, et qui nous révulse.

Et nous avions raison de penser ce que nous pensions, car, ce couronnement du Sire inconnu au bataillon Jean-Noël Rohé par Guitare Canon Interplanétaire ne fit pas que doubler son prix outre-Atlantique… Ne le positionna-t-il pas sans aménagement comme troisième entité d’une maintenant Trinité ? qui, pour toujours ou presque, portera la voute céleste de la plus fine française lutherie – Jean-Noël Rohé trônant aux côtés de Daniel Friederich et de Dominique Field, rien moins s’il-vous-plaît.

Ça pose question ce syndrome « Molière, Corneille, Racine » comme l’érigea notre XVIIIe. Ça pose question d’autant que chacun de nous vit de très près, encore tous les jours, l’injustice faite aux oubliés du podium : Garnier, Rotrou, Brosse, Mairet et la kyrielle d’auteurs dont nous ne cessons de dévorer les ouvrages, tous également méritants et truculents…

Pardon encore une fois. Je retarde, je retarde, mais rien n’y fait. Laboureur sentant ma mort dans l’âme prochaine, je dois m’exécuter moi-même et tenir parole aussi solidement que la corde au cou elle me passe…

Donc, qu’ont lors nos oreilles ouï ????

Après perfection, que vous n’aimez pas mais, vous l’avez compris, se justifie, vient encore le mot « mystère ». Eh oui !... de Rohé, le secret se retrouve jusque dans les paysages sonores de ses guitares.

Puisque je patauge dans l’absolu subjectif de mes deux maigres oreilles, je vais m’essayer à une métaphore pompière autant que ma pente est escarpée d’embuches poétiqueuses. Je m’élance.

Supposons qu’avec Friederich, nous jouissons du plein Soleil d’une belle clairière (ça commence pas bien du tout pour moi…), pas l’ombre d’un doute, chaque feuille, chaque brindille se détachent avec le ciselé d’un grand peintre coloriste - même le sombre, tout y est infini éclat… (si bien que dans la dernière vidéo de Scott Tennant bondissant sur la dernière Friederich, ne dirait-on pas qu’il nous joue de la caisse claire ? Mieux vaudrait, à mon humble avis, se pencher par exemple sur les vidéos du site de Roberto Aussel si l’on veut se faire une petite idée des avantages dont un grand peintre coloriste peut jouir du plein soleil d’une Friederich.)

Avec Jean-Noël Rohé, nous pénétrons peu à peu dans la Nuit d’une forêt profonde pleine de senteurs et de présences furtives, une forêt de légende qui chante et nous enchante mais nous gratouille le subconscient. Cette intimité réveillée rassure et trouble plus encore… toutefois, on ne peut résister à la pulsion d’en explorer chaque sentier. Au cœur, pas de maison des ours, mais la conviction poignante qu’à chaque pas, la forêt grandit.

Avec Dominique Field, nous débouchons soudain sous un Ciel étoilé de constellations qui n’en finissent plus de nous tomber dessus – grappes diamantaires qui voudraient forcer de loin en loin notre sentiment à s’ouvrir à l’harmonie des sphères… nous ne savions pas qu’en nous gisaient tant de surprenantes richesses qui trouvent avec une rare évidence leur expression immédiate au bout des doigts.

Je ne cause là ni timbre, ni puissance, ni dynamique, etc… dont on pourra dire qu’à très « peu » près, nous plafonnons dans la même super performance, et de ça nous reparlerons. Je cause impression quasi physique d’être projeté soi-même chaque fois au centre d’un monde dont nous aurons à explorer les illimités musicaux…

Frères humains, de grâce, ne mordez pas le doigt qui montre le boson de Higgs (la lune, c’est pour les chiens) ! Mes maladresses qui pointent d’un compas aveugle l’improbable masse du son n’ont pas prétention à définir définitivement l’indéfinissable mais à tailler à la machette, au beau milieu des landes mouvantes de l’ineffable, des pistes de questionnements sur lesquelles vos propres impressions peuvent atterrir. Apportez vos paniers d’expériences personnelles, d’avis contrariés, de nuances titillantes et partageons tous ces mets goûteux en un grand et joyeux festin… si toutefois vous supportez encore mes égarements de roman de gare… (J’apporte le vin, pour le feu, du bois nous en avons).

Valère

Confajac

Re: JEAN-NOËL ROHE, la ligne bleue

Messagepar Confajac » mer. 05 septembre 2012, 18:12

Ah Valère, quelle verve et quel talent!
Toujours un plaisir de te lire ou de te voir, entouré de quelques merveilles dont tu parles si bien.
Je me rappelle notre essai comparatif d'une Rohé récente (automne 2010) et de ta Field (1991 non?) et que faute de pouvoir repartir avec ta Field (je crois me rappeler que tu ne souhaites pas me la donner ni me la vendre à prix d'ami ou même à vil prix) je me suis mis sur liste d'attente de Jean-Noêl Rohé.
La commande est encore à confirmer et dépendra de différents facteurs (dont la cote montante du "génie" et le prix qui va avec n'est certainement pas le moindre) mais en tout cas ton éloge donne envie de faire les économies adhoc (j'ai encore un an et demi devant moi...)
A bientôt j'espère, chez Denis ou ailleurs.
Amitiés

JLV
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Re: JEAN-NOËL ROHE, la ligne bleue

Messagepar JLV » mer. 05 septembre 2012, 22:23

Bonsoir Valère,

Il ya bien longtemps que nous n'avons conversé...
Je me suis décidé à mettre en vente la soeur jumelle de ta Field car comme tu le sais, je ne joue plus que sur l'orange 512, mais en fait, je suis le moins pressé du monde et c'est simplement car je pense que c'est un crime de délaisser une beauté pareille.

Pour saisir la balle que tu nous envoies au bond: "pour le feu on a du bois" par laquelle commencerais tu à te chauffer...?
J'ai hâte d'essayer une Rohé car tu m' en as donné l'envie, même si je préfère comme tu le sais, la lumière des clairières aux senteurs des sous bois.

Amitié,

JLV
2016 Jean-Noël Rohé
2016 Marco Bortolozzo FE09 Torres

valère
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Re: JEAN-NOËL ROHE, la ligne bleue

Messagepar valère » mar. 11 septembre 2012, 03:32

Bonjour JLV, bonjour Confajac,

oui, venez à mon secours dans la chasse au... (mais comment définir Rohé l'Insaisissable ?). Il nous faut resserrer les mailles
pour saisir la belle au bond.
JLV, je suis certain qu'une Orange peut tolérer une escapade de la sorte qui ne réservera que des surprises au détour du sous-bois - mais en tout bien tout honneur ! Si tu veux, je lui parlerai.

Confajac, j'ai incrusté, quelque part dans mon louvoyant dithyrambe, trois *.
Je pensais à tous ceux qui, comme toi, souhaiteraient prendre l'aventure Jean-Noël Rohé en marche.

Ça n'a peut-être pas de sens de dire cela et pourtant... Ça me paraît un très bon moment : 1) L'évolution de son travail
nous place d'emblée dans le très très beau et il est évident que ça ne va pas s'arrêter là. Donc les quatre ou cinq ans d'attente
ne promettent "que du meilleur". 2) Du point de vue de "la paix des ménages", le prix au sortir de l'atelier ne dépassera pas
encore la barre du raisonnable que Guitare Caleçon et Pluklézyeuxpourpleurable franchit d'un bond d'un seul en le multipliant par deux.

En un mot, revendez votre violon et commandez en dix pour le même prix.

Amitiés,
Valère

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Re: JEAN-NOËL ROHE, la ligne bleue

Messagepar valère » mer. 03 octobre 2012, 03:46

« Perfection » ????????????????

Certain forumiste, dont amicalement et respectueusement je salue la délicate vigilance, la perspicace diligence, la circonspecte obligeance - qu’auréole un prudent discernement - me demande si ce ne serait pas moi qui écrivais sur ce même forum, il n’y a pas si longtemps qu’on puisse l’oublier : « Noguitar’s perfect. » (reprenant ainsi une idée que nous partageons tous - sauf au moment d’essayer celle guitare que nous aurions bien achetée si… mais… justement là... tsstss… dommage…) ?

Persuadé-preuve-à-l’appui-que-OUI, le susnommé forumiste conséquemment veut savoir si je dis absolument toujours n’importe quoi - ou s’il peut m’arriver de me contredire - en toute bonne foi et/ou volontairement ?

Je lui dois de commencer par ici rappeler ceci : ceux qui partagent le moins cette idée (de « Noguitar’s perfect » pourtant communément admise) sont - vous avez deviné - nos zadulés luthiers zeux-mêmes.

Résignés seulement en apparence, toute leur vie est obsédée par LA guitare parfaite - Absolu qu’il poursuivent, traquent dans toutes qualités « mesurables » et bien au-delà, ça va de soi.

De guitare en guitare chaque détail - finesse de la rosace et fini du vernis compris - est maîtrisé autant que réévalué de la même main sûre que guide une pensée visionnaire. Chaque risque pris, pesé et repesé à l’aulne d’une intuition ivre.

Cher ami forumiste, tu notais encore que « à très « peu » près, nous plafonnons dans la même super performance » écrivis-je ? C’est que pour nos trois élus de Guitare Crépon Intercommunal, le souci du détail et de la finition flirte heureusement avec la pathologie. Un vernis sur un à deux mois étalé !!! On comprend que « l’homme au pistolet d’or » trouve ces maniaqueries superfétatoires et préfère ses raccourcis aux sentiers sinueux de ces bêtes de mules.

Le croiriez-vous ? cet « idéal » obsédant ne leur laisse aucun répit. Rohé, cinq guitares par an, Field longtemps six, entre sept et huit maintenant, quant à Friederich peut-être trois encore. (Soit « droit à l’erreur » = zéro !)

Tête de somme, Friederich, tout juste canonisé, peaufine sa n° 833 - incluses les quelques centaines (?) de modèles Arpège et Récital de ses débuts ardus. Malgré cette carrière « en tous points remarquable », peut-il s’offrir le luxe de décevoir ? Evidemment non. Tel concertiste impatient attend encore de la prochaine-toujours-mieux-que-la-précédente, tel ami impatient attend que « le vieux » enfin se ramasse… Notre maître luthier a des cheveux blancs à se faire autant qu’il y en aura.

Oh pourtant, combien de guitaristes, combien de musiciens, qui sont partis serein vers leurs rêves anciens, loin du morne horizon de lutherie bidon, n’en sont pas revenus, vouant toujours à l’ancien une reconnaissance… que l’on dit éternelle.

Quant à Field, il n’a pas chanté tout l’été et il finit sa n° 216, poursuit la 217 et entame la 218. Grimpeur qui se dit prudent, depuis quelques guitares, il enchaîne les sommets de l’Himalaya en chaussettes. J’ai écrit ailleurs le vertige qu’il y a à le suivre d’une guitare à l’autre. S’il continue à cette altitude, on ne sera pas surpris de le voir marcher à même les nuages.

Eh bien, si vous m’accordez cette incartade toute personnelle, je ne serais pas surpris que la marque de ses Chaussettes des Sept Lieux soit « L’art doute »… Une maison sûre, vieille comme le monde, et qui hélas – toufoulkan mabon’dame – a été reprise par un éditeur de catalogues érotiques maquillés en ventes par correspondance que tout pré-pubère redoute. La chaussette vintage « L’art doute » serait-elle la clef du Champ ? QUI N’EN VEUT : 211-212-213-214-215-216-217-218… toutes sont, pour le guitariste, la porte d’un septième ciel.

Et Rohé ? Dix années et plus passées au turbin, et il couche sa 55 au bord du Rhin. Quand un luthier autour de la cinquantaine (de guitares) arpente ces niveaux d’excellence et de régularité, à la condition qu’il ne s’égare pas en chemin, c’est la promesse d’incroyables surprises à venir.

Dahu, Yéti ou Fantômas, croyez-vous que le Rohé hante, cigare aux dents, les tavernes de Strasbourg la Grande? Imaginez-vous plutôt le demi-pression que lui sert chaque jour sa brusque ascension ! Eté comme hiver, le Rohé bosse…

2004 - Meilleur Ouvrier de France (Président du jury : Daniel Friederich), 2008 – Prix spécial du premier concourt de lutherie de Crémone ouvert à la guitare… prix spécial du jury pour… la perfection et l’esthétique de sa lutherie. Ami forumiste, c’est de la « perfection » de cet infatigable perfectionniste que je tentais de perfectionner mon approche jusqu’à te la faire toucher des doigts. Et si c’est une maladie courante chez tous les luthiers, ils ne sont pas si nombreux à courir que Guitare Pacson Intercomptembancal n’ait pas remarqué la gravité du symptôme dont est atteint Jean-Noël Rohé.

Maladie de tous les jours… Platon place cette « perfection » à l’origine des origines. Aristote la veut finalité de l’élan humain. Valère, qui ne vend pas la peau du varan avant de l’avoir vidé, vante « de la perfection, l’imperfection ».

Forumiste ami, cela te semble-t-il si incongru ? Entre perfection et imperfection, ne voudrais-tu pas joindre nos deux voix à celle du poète et chanter :
« Beauté, j’écris ton nom » ?

V.

Benoît Ducène
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Re: JEAN-NOËL ROHE, la ligne bleue

Messagepar Benoît Ducène » mer. 03 octobre 2012, 11:43

valère a écrit :Persuadé-preuve-à-l’appui-que-OUI, le susnommé forumiste conséquemment veut savoir si je dis absolument toujours n’importe quoi - ou s’il peut m’arriver de me contredire - en toute bonne foi et/ou volontairement ?

Bonjour Valère,

Peut-on savoir de qui il s'agit ? Parce que "susnommé", il n'est assurément pas...
Je t'avoue que c'est une réaction davantage d'ordre linguistique, mais l'information permettrait peut-être de désembrumer le propos.

Bonne musique.


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