20 ans d’essais, de découvertes, de rencontres et d’émotions

Guitares classiques, guitare baroque, guitare renaissance, luths, vihuela, théorbes ...

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Benoît Ducène
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20 ans d’essais, de découvertes, de rencontres et d’émotions

Message par Benoît Ducène » ven. 27 juin 2014, 13:48

Bonjour,

Comme les anciens forumistes s’en souviennent probablement, j’ai essayé de très nombreuses guitares « de luthier » et/ou « de concert » (plus de 800). Dans ce fil, j’aimerais partager non tant mon analyse de chacune d’entre elles – ce serait fastidieux – que les plaisirs, impressions, voire émotions suscités par plus de 20 ans de pérégrinations et de recherches – non pas de la guitare parfaite, mais de celles qui s’en rapprochent le plus globalement – dans divers magasins, festivals, master classes, stages, concours et concerts européens. Je ne peux m’empêcher de mentionner aussi quelques excellentes surprises à des prix nettement plus raisonnables. Le fil conducteur de mes appréciations est avant tout le son des instruments car ces derniers me servent avant tout à faire de la musique, même s’il m’arrive aussi d’admirer leur esthétique, parfois.

Pourquoi un bilan maintenant, me direz-vous ? Parce que je viens de faire de nouvelles rencontres enthousiasmantes (José Marín Plazuelo, Jean-Luc Joie) et parce qu’un forumiste vient de recevoir sa nouvelle Ana Espinosa, commandée un peu grâce à moi, et qu’il en est ravi… Peut-être découvrirez-vous vous aussi un luthier qui vous fera chavirer un jour.

Parce qu’il me semblait judicieux, aussi, de rassembler ce qui figurait déjà – en bribes – ici ou là sur le forum et d’avoir ainsi une vision plus globale et complète.

J’ai choisi de ne pas séparer les différentes écoles et différents types de construction car je crois que chacun peut trouver son bonheur où il veut. Une qualité sonore globale (réunissant homogénéité, dynamique, longueur/sustain, projection, couleurs, timbre « traditionnel » de guitare) excellente est rarissime et ne jurer que par une école ou par une autre revient souvent à se priver de certaines qualités, hélas… A chacun de définir ses priorités.

M’ont marqué par leur homogénéité - et donc la facilité de mener à bien une phrase musicale sans trop devoir compenser les faiblesses de l’instrument çà et là - les guitares suivantes : plusieurs René Baarslag, plusieurs Daniel Bernaert, plusieurs Ana Espinosa, une Olivier Fanton d’Andon, une Dominique Field, une Daniel Friederich, une Arnoldo García, une Zbigniew Gnatek cèdre, une Kenny Hill lattice et double table (Signature ?), la plupart des 65 à 70 Jean-Luc Joie essayées (tous modèles confondus, y compris le tout nouveau haut de gamme), une Kauko Liikanen (mais aussi une bonne partie de la gamme économique Kantare), certaines Paco (Francisco Santiago) Marín, la toute nouvelle et récente Pepe (José) Marín (Plazuelo) dans le même esprit que celles de Paco, certaines Antonio Marín Montero, une John Price, une Kazuo Sato, trois Walter Verreydt (soft lattice, que du bois).

M’ont marqué par leur clarté - et donc la facilité de faire ressortir la polyphonie autant que de modeler la palette timbrique - les guitares suivantes : Asturias épicéa, Daniel Bernaert épicéa, Maurice Dupont épicéa, Rolf Eichinger épicéa, Ana Espinosa épicéa, Olivier Fanton d’Andon épicéa, Dominique Field épicéa, Kenny Hill lattice et double table (Signature ?) épicéa, Jean-Luc Joie 2001 (ancien modèle à ouïes) épicéa et une toute nouvelle Joie 2014 (haut de gamme) cèdre rompant avec la tendance précédente chez ce luthier, Kauko Liikanen épicéa (mais aussi sa gamme économique Kantare, presque exclusivement avec table en cèdre), Bernd Kresse épicéa, Bert Kwakkel épicéa, Paco Marín épicéa, une toute nouvelle et récente Pepe (José) Marín (Plazuelo) épicéa dans le même esprit que celles de Paco alors que celles que j’avais essayées auparavant ressemblaient davantage à des Antonio Marín un peu plus « retenues » et charmeuses, Simon Marty épicéa, Mark Peirelinck épicéa, John Price épicéa, John Ray épicéa, Kazuo Sato épicéa, Roland Scharbatke cèdre, Gary Southwell A series épicéa, Michael Wichmann épicéa.
Dans tous les cas (Joie 2001 exceptée), il s’agissait de guitares récentes, voire neuves (5 ans grand maximum).

M’ont marqué par leur grande dynamique - et donc les possibilités expressives autres que les couleurs - les guitares suivantes, mais je ne peux m’empêcher de vous narrer quelques éléments cadrant mon cheminement.
Dès 1998, je découvrais les Paco (Francisco Santiago) Marín chez Casa Luthier à Barcelone (ma préférée du magasin à l’époque, trop chère pour une première guitare de concert me disais-je), deux semaines avant d’entendre Ricardo Gallén au concert des lauréats du concours du Printemps de la Guitare (où il avait obtenu le 2ème prix seulement)… Il avait une dynamique énorme dans la sonate de Brouwer (un véritable choc). Cette seule dynamique éclipsait, pour moi, les prestations de Carlos Pérez (au point de se demander pourquoi celui-ci avait gagné) et même du merveilleux Johan Fostier, qui tirait assurément le meilleur de sa Lowden dans une superbe suite (valencienne ou mystique ?) d’Asencio cependant… Sur la liste d’attente de Paco en 2002, je n’y ai plus tenu et m’en suis acheté une chez Casa Luthier un an avant de me rendre à Grenade (j’omets volontairement cet épisode partiellement malheureux). La 1a de mon épouse, la mienne et sa XXX anniversaire figuraient assurément parmi les guitares offrant le plus de dynamique à l’époque. Le moindre pianissimo dans le prélude en fa (1 ou 8 selon édition) de Ponce était possible – aussi grâce à la clarté de ces instruments – tout comme un ouragan déchaîné dans Otoño porteño de Piazzolla… Il fallait toutefois savoir les dompter et trouver des astuces diverses pour pallier un relatif manque de sustain et leur côté brutal. Des basses Cecilia vertes et rouges transfiguraient même le timbre pour le rendre presque beau !

Tant ma Joie 2001 que ma Joie Aldeca 2007 eurent raison de ma Paco Marín (2003) car elles offraient une dynamique au moins aussi grande. La 2001 avait de surcroît un sustain énorme à côté tandis que l’Aldeca était encore plus homogène et surtout plus chantante (plus de sustain et un beau timbre)…

La Dieter Mueller que j’ai pu essayer le mieux, double table, ainsi que quatre Ángel Benito (modèle double fond et triples éclisses développé avec José Miguel Moreno, surtout les exemplaires plus récentes) offraient des possibilités très proches, bien que plus présentes dans le grave pour la première et dans le medium pour ces dernières. Les Benito récentes offraient aussi un bien meilleur sustain.

Les Simon Marty, Jim Redgate, et surtout Zbigniew Gnatek (la plus récente des deux essayées) ainsi que John Price (plus homogènes et malléables, ce qui facilite le contrôle des micro-nuances) offraient des possibilités dynamiques excellentes, insurpassables pensais-je.

Ma Joie 63 de 2008 (et quelques autres de la même époque), dans les mêmes eaux mais beaucoup plus ronde dans tous les registres (surtout avec son sillet graphite), se fit toute petite devant une poupée… devant la toute dernière Joie essayée, qui va encore largement au-delà de toutes ces références. Beaucoup plus de dynamique et une clarté qui rend chaque micro-détail plus perceptible encore… de quoi en rester bouche bée aujourd’hui encore, d’autant que son timbre est merveilleux.

M’ont marqué par leur grande projection - et donc la facilité à atteindre un public surtout dans une acoustique défavorable - les guitares suivantes : j’oserais dire toute la gamme des Bernabé dites de concert – à partir du modèle M10 –, ce qui est très positif dans l’absolu, mais en réalité aussi, dans ce cas spécialement, un léger défaut car le guitariste ne se rend pas bien compte de ce qui arrive au public. Particulièrement une M10, une M30, une Especial et une Imperial (ces deux dernières étant hélas très hétérogènes).

Une Daniel Friederich, une Kauko Liikanen, une quinzaine de Paco Marín (sur 30) et une Walter Verreydt soft lattice (je n’ai pas pu entendre les deux autres Verreydt avec un recul suffisant).

La Bernd Kresse (mais au son très court), les Dieter Mueller (DT et autres expérimentations, aigu court), les quatre Ángel Benito (double fond et triples éclisses), les Simon Marty, Jim Redgate, Zbigniew Gnatek (les deux essayées) et John Price.

Deux Smallman, très hétérogènes (une des deux à un point tel que je ne la considère pas comme étant un instrument de musique) tandis que la plus homogène des deux semblaient projeter nettement moins que ma Joie (63) et aussi moins qu’une Fanton d’Andon... Elles donnaient pourtant l’impression de donner des coups de marteau de près, ces deux Smallman…

De très nombreuses Jean-Luc Joie (Aldeca, Alma, L, J, concert, surtout celles avec table en épicéa).

Plusieurs René Baarslag (pas toutes cependant), plusieurs Ana Espinosa, une Michael Wichmann et une Frank-Peter Dietrich Tosca.

A noter : les instruments clairs tirent généralement mieux leur épingle du jeu dans cet exercice. Je dirais même que le sustain ou son absence aussi paradoxalement, selon la personne qui écoute (le son reste longtemps perceptible et est facile à suivre ou le son fort et court impressionne l’auditeur qui se dit que l’instrument projette beaucoup). Les guitares traditionnelles pures sont un peu en retrait, mais certaines s’en sortent très honorablement, notamment avec des cordes hautes et de tension élevée.

M’ont marqué par leur aura, charisme et noblesse – l’étiquette, le prix et la réputation du luthier ou des interprètes qui en jouent ou en ont joué, cela compte d’une façon ou d’une autre – les guitares suivantes. Ici aussi, difficile de faire l’économie du contexte.
De la première « vraie » Bernabé des tout premiers essais sérieux – où on se dit que là, c’est du sérieux – aux noms bien plus prestigieux encore, il se produit toujours un petit pincement…

Une belle Aguado y Hernández épicéa des années soixante, très cotée, par exemple. Un son très soyeux. Une David Rubio d’une dizaine d’années sa cadette, mais tout aussi soyeuse et noble. Des références passées certes, mais ces deux-là avaient de beaux restes et ne pouvaient qu’être parmi les meilleures de l’époque.

Comment ne pas frémir quelques instants lorsque l’on touche pour la première fois une Fleta ? Comment ne pas déchanter quand celle-ci s’avère éteinte, voire morte et n’a peut-être jamais été très vive. La deuxième était, elle, bien vivante bien que de quelques années son aînée…

Une première Friederich décevante aussi, mais âgée ; une seconde très alerte et performante.
Les un peu plus récentes Fanton d’Andon, Field, Humphrey, Ruck ont déjà leur aura, plus ou moins établie, plus ou moins pérenne…

Et cette Otto Vowinkel tendue par Denis Azabagic qui avait gagné l’édition précédente du concours Bartoli à Aix… Forcément, les premières secondes d’essai en sont troublées.

Les George Lowden, que Johan Fostier adore, j’ai l’impression de les connaître si bien… J’en ai eu une brièvement d’ailleurs (une 64 très confortable). Elles sont intimement liées à son son, perçu de quelques mètres si souvent, de plus loin en concert, sur ses magnifiques CD en solo… Cela fait toujours quelque chose, même s’il s’agit du modèle « lattice ».


M’ont marqué par leur timbre charmeur, complexe et parfois patiné - et donc une certaine beauté en toutes circonstances en quelque sorte - les guitares suivantes : l’Aguado y Hernández épicéa des années soixante au timbre adouci par les années. La Rubio aussi, au timbre proche. Une bien plus modeste Siegfried Eichhorn, plus chantante encore et qui avait à peine dix ans (elle a fait notre bonheur à la maison pendant quelque temps). Une Antonio Marín qui avait une dizaine d’années au moment de l’essai, si soyeuse déjà tout en étant plus « légère », aérienne. Plusieurs autres dans la même lignée (plus jeunes) et aussi plusieurs José Marín Plazuelo, très proches.

Une seule Paco Marín cèdre (1a – une XXX cèdre sonnant presque « vulgaire » et vide), au medium débordant et envoûtant malgré son jeune âge (2 ans), au prix d’une sixième et d’une première corde légères…

Plusieurs Jean-Luc Joie (surtout les modèles J et L récents), neuves et déjà rondes, mais plus encore que rondes, avec une densité et une complexité inconnues pour du neuf. Le tout nouveau haut de gamme garde cette complexité timbrique, en la déplaçant vers l’aigu et en la décuplant. Une concert épicéa de 2008 aussi, de la génération suivant la mienne : un timbre absolument envoûtant (heureusement que c’était une 65 et que je ne voulais pas renoncer à ma 63).

Les George Lowden – d’une dizaine d’années et avec table en épicéa spécialement –, de même qu’une Michael Gee (épicéa aussi) très semblable (traditionnelle, pas le modèle double table cèdre essayé bien plus tard, très différent).

M’ont marqué par leur présence et leur personnalité forte (pouvant constituer un défaut) ou à tout le moins captivante, les guitares suivantes : quatre Ángel Benito (modèle double fond et triples éclisses développé avec José Miguel Moreno), très « débordantes », surtout dans le médium de la guitare (la 1ère et la 6ème corde étant un peu, voire beaucoup en retrait selon l’exemplaire), médium très attachant par ailleurs.

Les meilleures Paco Marín. Cinq Jean-Luc Joie Aldeca épicéa (2007), quelques Alma et nombre de modèles de concert différents du même luthier.

Les excellentes Gnatek et Price déjà maintes fois citées également.

M’ont marqué aussi pour leur aspect étonnant ou particularités (ergonomiques) la A-series de Gary Southwell permettant un accès on ne peut plus aisé aux notes aiguës et suraiguës. Dans une moindre mesure, l’ancienne génération de Jean-Luc Joie (mes 1996 et 2001, faisant aujourd’hui le bonheur d’autres), Bernd Kresse ou les Humphrey et ergonomiquement similaires (Panhuyzen, Pappalardo entre autres) étaient quelque peu déroutantes, mais permettaient d’économiser de l’énergie dans certains passages de la sonate de José et autres transcriptions (spécialement en musique de chambre) par exemple… Les canons esthétiques ont eu plus moins raison de cet avantage indéniable.

Enfin, comment ne pas évoquer les rencontres avec les personnes derrière nos merveilleux outils à musique ? Je ne les ai pas toutes rencontrées, tant s’en faut, mais je me souviens avec émotion de certaines d’entre elles.

Alejandro par exemple, rencontré chez Casa Luthier en 2001 et disparu peu après. Humble, il avait une vision très juste du marché de la guitare classique, des interprètes et de la musique. Il était en visite dans ce magasin, sans instrument à faire essayer. Discussions amicales et informelles sans la moindre intention commerciale. Curieusement, je n’ai jamais essayé de guitare à lui. J’ai entendu Alex Garrobé en jouer, mais ce n’est pas pareil, bien sûr.

Ana Espinosa, rencontrée au festival de Torrent en 2004 bien après la découverte (chez Casa Luthier, un lieu-clé décidément…) de celle qui allait devenir ma première guitare de concert, merveilleuse et si fragile avec ce vernis au tampon léger. Tout comme son mari René Baarslag, elle faisait preuve d’humilité et de retenue, ne faisant pression d’aucune façon et écoutant attentivement les commentaires des guitaristes.

Daniel Bernaert, faisant des instruments proches de ceux d’Ana (du point de vue du son et des sensations), est lui aussi très à l’écoute et humble. A découvrir ! J’ai eu la chance de faire sa connaissance à Bruxelles, avant qu’il s’installe en Espagne. Il passe périodiquement en Belgique et je le revois avec plaisir.

José Rodríguez, m’a réservé un accueil des plus sympathiques dans son atelier de Cordoue (heureusement climatisé, c’était pendant le festival, en juillet), avec son épouse en coulisses. Ils étaient stupéfaits de voir quelqu’un prendre tant de précautions avec les instruments (tissus divers, pas d’accords rasguaeados, vernis au tampon oblige), habitués à recevoir plutôt des flamenquistes sans doute… José m’a fait tremper la main dans de la poudre de goma laca, « véritable » insistait-il… Atmosphère d’un autre temps dans cet environnement salutairement plus sombre, calme et frais que la rue pourtant si proche. Là non plus, aucune pression commerciale.

Jean-Luc Joie est assurément le luthier que je connais le mieux. Découvert dans un test de guitares françaises paru dans le magazine Diapason Harmonie en 1993, j’ai d’abord cherché timidement des instruments d’occasion à essayer, craignant une facture trop salée peut-être… En 1998, déjà possesseur d’une très bonne Ana Espinosa, je craquais instantanément pour une Joie de 1996, perçue par certains comme « radicale », à ouïes au lieu de la rosace habituelle. Je l’ai contacté peu de temps après et le rencontre en 1999 à Musicora, où je découvre une évolution de ce modèle… Première commande.
Ses choix sonores nous rapprochaient d’emblée et de fait, nous nous rejoignons tellement quant à la musique et l’interprétation musicale… A l’écoute de mes desiderata, il a aussi accepté ma (légère) critique concernant ce premier instrument qui m’était destiné, me proposant même la fabrication d’un nouveau qui, lui, m’a comblé (le fond était plus vibrant et communicatif que sur l’exemplaire précédent !). A contrario, un de ses confrères de Grenade a très mal réagi lorsque je lui ai dit que les guitares qu’il me proposait ne me plaisaient pas et ne correspondaient pas à ce que nous avions convenu… J’ai alors pris la pleine mesure du geste (antérieur) de Jean-Luc. Humble lui aussi, il comprend que ses instruments peuvent ne pas plaire à tout le monde et est à l’écoute des commentaires des guitaristes. C’est aussi grâce à cette écoute que ses guitares ont tellement évolué. Le résultat est à l’avenant.

En espérant que mon expérience vous servira et que vous ne trouverez pas ce post trop long (c’est du condensé, je vous assure). 

Hexacordialement.
Dernière modification par Benoît Ducène le mar. 01 juillet 2014, 13:24, modifié 1 fois.

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nono51
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Re: 20 ans d’essais, de découvertes, de rencontres et d’émot

Message par nono51 » ven. 27 juin 2014, 18:17

Merci pour ce partage épris de passion. J'ai eu entre les mains quelques uns des instruments que vous mentionnez et je dirais que globalement je partage les mêmes impressions. Le seul "bémol", pour moi, c'est que je n'ai pas toujours eu la possibilité d'écouter de face l'instrument que j'avais entre les mains. Dans les quelques occasions où ça s'est produit j'ai parfois pris quelques claques en passant de l'autre côté de la guitare que j'aimais tellement jouer. Par contre, l'inverse n'est pas vrai, jamais une guitare que j'ai trouvé mauvaise sous mes mains ne m'a semblé bonne de face :D

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domi38
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Re: 20 ans d’essais, de découvertes, de rencontres et d’émot

Message par domi38 » ven. 27 juin 2014, 22:09

Merci du partage, Benoît!
Comment fais-tu lorsque tu essaie des guitares, tu prends des notes ou fais un compte-rendu? Tu te bases sur une grille que tu remplis?
Parce que ça ne doit pas être évident de se rappeler avec précision les caractéristiques de chaque instrument.
Que joues tu pour tester les instruments. Toujours la même chose ou selon l'instrument?

Que de questions de ma part! :)
Burlot de concert de 2009,
Burlot 8 cordes,
Hirade 7,
basse classique Francisco Del Rey, et pas mal d'autres...électriques!

Anon.

Re: 20 ans d’essais, de découvertes, de rencontres et d’émot

Message par Anon. » sam. 28 juin 2014, 07:33

Impressionnant. Même si en ce qui me concerne je trouve cela un peu vain... Mais bon ! Respect !

guillermole
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Re: 20 ans d’essais, de découvertes, de rencontres et d’émot

Message par guillermole » sam. 28 juin 2014, 13:47

Résultats des courses : Jean luc joie . :lol:

Ana Espinosa ,j'en ai essayé qu'une et faut bien avouer qu' c'était une tres bonne guitare .

Sur 800 guitares ,on voit peu de madrilenes ,je trouve ça curieux.
https://www.flamencos-olea.com/

Benoît Ducène
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Re: 20 ans d’essais, de découvertes, de rencontres et d’émot

Message par Benoît Ducène » mar. 01 juillet 2014, 13:21

nono51 a écrit :Merci pour ce partage épris de passion. J'ai eu entre les mains quelques uns des instruments que vous mentionnez et je dirais que globalement je partage les mêmes impressions. Le seul "bémol", pour moi, c'est que je n'ai pas toujours eu la possibilité d'écouter de face l'instrument que j'avais entre les mains. Dans les quelques occasions où ça s'est produit j'ai parfois pris quelques claques en passant de l'autre côté de la guitare que j'aimais tellement jouer. Par contre, l'inverse n'est pas vrai, jamais une guitare que j'ai trouvé mauvaise sous mes mains ne m'a semblé bonne de face :D
Bonjour nono51,

De rien.

L'écoute des instruments et surtout la comparaison à un instrument de référence sont essentiels, à tout le moins pour parler de projection et d'aptitudes d'un instrument à être "de concert".

C'est sûr qu'on est parfois surpris, tant la différence est telle entre l'écoute du guitariste derrière la guitare (ou un peu "au-dessus") et l'écoute du public.

En revanche, il est possible qu'une guitare qui semble ne pas sonner du tout/ne pas avoir de grave ou d'aigu/ne pas projeter en jouant, s'avère bien meilleure à l'écoute (il faut néanmoins toujours avoir un instrument de référence pour comparer). Mais ce n'est de toute façon pas idéal car le guitariste ne sait pas vraiment ce qui arrive aux oreilles du public...

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Re: 20 ans d’essais, de découvertes, de rencontres et d’émot

Message par anna sroka » mar. 01 juillet 2014, 19:04

c'est "le" post qui me fait rêver ....
je ne connais même pas la moitié des noms cités !
merci !!!!
:bye:
anna

Benoît Ducène
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Re: 20 ans d’essais, de découvertes, de rencontres et d’émot

Message par Benoît Ducène » mar. 01 juillet 2014, 19:24

domi38 a écrit :Merci du partage, Benoît!
Comment fais-tu lorsque tu essaie des guitares, tu prends des notes ou fais un compte-rendu? Tu te bases sur une grille que tu remplis?
Parce que ça ne doit pas être évident de se rappeler avec précision les caractéristiques de chaque instrument.
Que joues tu pour tester les instruments. Toujours la même chose ou selon l'instrument?

Que de questions de ma part! :)
De rien, domi.

Comme tu l'auras remarqué, je suis extrêmement passionné et j'ai des critères assez (et de plus en plus) clairs, depuis longtemps...
Les essais se font/faisaient avec au moins une autre personne avec qui j'échangeais pendant et après les essais.
Et surtout avec un "étalon". Donc, il est facile de tester chaque élément par rapport à cette référence (en tenant compte du type et de la hauteur de cordes).

Bien sûr, je ne me souviens pas de tous les instruments. Je n'ai parlé que des plus significatifs (de ceux "qui m'ont marqué" pour une raison ou une autre). J'ai volontairement omi certains car mes commentaires auraient été négatifs (ce n'était pas le propos de mon post) et j'ai évidemment oublié pléthore d'instruments insignifiants à tous points de vues...

En général, je commence par écouter (et regarder la vibration de) la première corde : je teste l'homogénéité de chaque note (puissance, sustain, timbre). Si hétérogénéité (immense majorité des cas), où : sur une note que l'on peut "soutenir" par les résonnances par sympathie ou pas. En général, mes constats sont corroborés par les tests des autres cordes (6ème et 5ème suffisent amplement, mais si j'ai le temps et si la guitare a de l'intérêt, je joue aussi sur les autres cordes).

Après seulement, tests sur trois ou quatre accords (j'aimais bien sol#M barré IV, puis la même position la#, do, do#), forts et en attendant l'extinction des notes ou presque. A ce stade, il faut déjà comparer avec la guitare de référence. Selon époque, quelques accords du début d'Otoño porteño de Piazzolla (version Assad) ou de la Passacalle, voire d'Invocación y Danza de Rodrigo. Comparaison.

Puis le pouce sur la 6ème, les 5 premières notes, accentuées en alternance. Comparaison.

Quelques traits plutôt dans l'aigu (si do ré mi fa# sol la si do ré fé la do sol la sib do, dans le tango 2 de la Tango Suite de Piazzolla ou mieux (car mi basse aussi : mi ré# do# si sol# mi ré# do# si sol# mi... soit la fin du 1er mvt du Decameron negro de Brouwer) ou encore la montée du début de la Toccata de Pasquini de Brouwer. Comparaison.

Au moins un morceau lent : prélude 1 (8) en fa# de Ponce. Parfois la Sarabande de Poulenc ou le Temps qui passe de Sauguet. Comparaison.

Là, j'en sais déjà bien assez, mais je peux prendre plaisir à jouer sur l'instrument si j'en ai le temps... Rarissime, d'autant que je fais jouer mon/ma/mes comparse(s) du moment pour que je puisse écouter moi-même ce que ça donne (même genre de tests hors homogénéité 1ère corde : accords, basses 6ème corde, un trait ou l'autre plutôt dans l'aigu, un morceau ou long passage - toujours en comparant à chaque stade).
Certaines guitares sont éliminées bien avant ce stade et il est donc impossible que je m'en souvienne.

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Re: 20 ans d’essais, de découvertes, de rencontres et d’émot

Message par Benoît Ducène » mar. 01 juillet 2014, 19:26

guillermole a écrit :Ana Espinosa ,j'en ai essayé qu'une et faut bien avouer qu' c'était une tres bonne guitare .
Eh bien voilà quelque chose de positif et cela nous fait un point commun en plus ! :D

Benoît Ducène
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Re: 20 ans d’essais, de découvertes, de rencontres et d’émot

Message par Benoît Ducène » mar. 01 juillet 2014, 19:34

guillermole a écrit :Sur 800 guitares ,on voit peu de madrilenes ,je trouve ça curieux.
Guillermole,

Tu auras remarqué que je ne cite pas 800 guitares, ni même 400... 200 tout au plus.

Les Bernabé m'ont marqué (30 déjà...) et plusieurs Angel Benito aussi (dont la production est nettement plus limitée), ah, j'oubliais la douce Hernández y Aguado, soit 17% environ. Ce n'est pas si mal, non ?

J'ai choisi de ne pas parler des Ramírez, Contreras, Rozas et autres pour les raisons déjà expliquées.

elode30
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Re: 20 ans d’essais, de découvertes, de rencontres et d’émot

Message par elode30 » mar. 01 juillet 2014, 22:17

Merci pour ce témoignage très intéressant. Je commence actuellement des recherches pour changer de guitare de concert, cela me donne des pistes à creuser et me permet de découvrir des luthiers que je ne connaissais pas.
En tout ça donne être un véritable bonheur d'avoir pu essayer autant de guitare de renom!

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domi38
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Re: 20 ans d’essais, de découvertes, de rencontres et d’émot

Message par domi38 » mer. 02 juillet 2014, 08:30

Merci pour la réponse détaillée Benoît!
Une démarche rigoureuse! La guitare de référence est la tienne?
Burlot de concert de 2009,
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basse classique Francisco Del Rey, et pas mal d'autres...électriques!

Benoît Ducène
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Re: 20 ans d’essais, de découvertes, de rencontres et d’émot

Message par Benoît Ducène » mer. 02 juillet 2014, 13:08

elode30 a écrit :Merci pour ce témoignage très intéressant.

En tout ça donne être un véritable bonheur d'avoir pu essayer autant de guitare de renom!
De rien, j'espère que cela vous servira.

Ce n'a pas toujours été un bonheur... Il y a aussi les plus de 600 dont je ne parle pas... :D
Et le bonheur était parfois, voire souvent ailleurs que dans le renom.

Benoît Ducène
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Re: 20 ans d’essais, de découvertes, de rencontres et d’émot

Message par Benoît Ducène » mer. 02 juillet 2014, 13:13

domi38 a écrit :Merci pour la réponse détaillée Benoît!
Une démarche rigoureuse! La guitare de référence est la tienne?
Avec plaisir, domi.

La guitare de référence a toujours été "la mienne", mais n'a pas été unique en 20 ans, tu t'en doutes. Ma première Alhambra 6P de référence a relativement vite fait place à mon Ana Espinosa, elle-même à ma Paco Marín et/ou une Jean-Luc Joie, puis seulement une Joie...

L'important est d'utiliser une guitare qu'on connaît très bien pour tous les critères, les autres guitares étant évaluées en les situant relativement.

kikoue

Re: 20 ans d’essais, de découvertes, de rencontres et d’émot

Message par kikoue » dim. 20 juillet 2014, 16:43

Merci infiniment Benoît de partager ces 20 années d'expérience et de passion !
Tout particulièrement, les suggestions autour des oeuvres choisies, et la progression dans la démarche
de jeu et d'essai d'un instrument.

Sylvie :bye:

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